Instants du sud

Publié le par Muriel Prades

La lande est une immensité ocre où résiste parfois le vert opiniâtre de quelques arbustes odoriférants, traversée par une route qui tend vers un horizon indiscernable. Un soleil cuisant couvre d’une cloche étouffante ce paysage assoiffé. Un bolide rouge file dans les vapeurs qui émanent du bitume brûlant. Son mirage se confond avec celui qui trouble l'horizon. Tout semble avoir fondu sous la chaleur brûlante.

Elle lui serre un peu trop fort la taille parce qu'elle a peur de la vitesse et ferme les yeux à cause du souffle chaud, du soleil et des perles de sueurs qui lui brouillent la vue. La poussière dessine sur son visage brûlant des volutes élégantes.

Il a les mains moites. La droite glisse parfois sur l'accélérateur et donne des à-coups au scooter lancé à vive allure. Il a les goûts du romarin et de sa sueur mélangés dans la bouche. La scène semble être un tableau où les couleurs se sont mélangées. Leur course semble sans but. Ils roulent vers un infini brûlant. Pourtant l'astre tombant annonce la tiédeur du soir et la plage providentielle qu'ils devraient bientôt atteindre. La lune timidement ambrée leur indique le chemin de la délivrance. Pour l'instant ils ne font qu'un avec la chaleur dévorante, le désert aride, le bolide rouge et leurs rêves d'oasis. Ils filent comme la peinture coule sur la toile du peintre. Une trainée rouge hasardeuse au milieu de l'ocre et du vert. Le geste semble imprécis, inopiné. Mais la volonté d’arriver est palpable et tenace. Ils atteignent enfin leur but, alors que le soleil disparait derrière la montagne et que la mer et le ciel se mêlent en un pourpre profond. Leurs sens sont asséchés par la course, leur peau tannée par la chaleur, et la soif étrangle leurs gorges poussiéreuses. La lune projette des reflets moirés sur la surface d’une mer un peu huileuse. La tiédeur de l’eau est une bénédiction pour leurs membres gourds. Accrochée à la falaise rouge qui surplombe la crique endormie attend une cabane où clignote la lumière dorée de quelques lampions. Un vieille radio grésille un jazz suave et mélancolique, et baigne l’endroit d’une ambiance surannée. Un vieux pêcheur édenté fait griller quelques poissons de rocaille, ils mangent avec les doigts la chair presque trop cuite. Il leur sert un alcool anisé trop sucré dans des petits verres multicolores. La touffeur de l’air s’estompe dans les vapeurs de l’alcool. Le sommeil les surprend, bercé par de ressac discret d’une mer trop clame. Ils dormiront d’un sommeil lourd et anisé, jusqu’aux lueurs de l’aube déjà très chaude. Pour repartir un peu plus loin…

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L


Bonjour je suis Luce,j'ai10 ans,je connais votre maman.


Bye



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M


Boujour Luce,


Ca me fait plaisir de t'avoir parmi mes lectrices!! J'espère que mes textes t'ont plu


A bientôt


Muriel